Billet d'humeur
DU FRIGO AU PLACARD
Car une protéine ne pousse pas seule dans une barquette. Animale ou végétale, elle mobilise de l’énergie : engrais, machines, irrigation, transformation, froid, transport. Et pour la viande ou les produits laitiers, il faut d’abord produire l’alimentation des animaux. Plus la chaîne s’allonge, plus l’énergie s’y invite.
Quand son prix monte, toute la chaîne alimentaire tousse.
Alors le placard reprend des couleurs. Lentilles, pois chiches, haricots, pâtes, conserves : peu instagrammables, mais économiques, durables et nourrissants. Et les légumineuses ont un avantage : produire des protéines avec moins d’étapes intermédiaires.
Le sujet n’est pas de choisir entre le steak et les lentilles. Mais de redécouvrir qu’une assiette a une économie, une géographie et même une géopolitique.
Nous acceptons qu’un téléphone coûte l’équivalent d’un SMIC, tout en scrutant à quelques centimes près le prix des tomates. C’est notre droit. Mais l’énergie chère pourrait bien nous faire regarder autrement ce que nous mettons dans notre panier.
Après avoir rempli le frigo, le XXIe siècle nous ramènera-t-il au placard ?
La campagne marquante
CÉLINE DION : ON NE CHANGE PAS UNE CAMPAGNE QUI GAGNE
Il aura suffi de quelques affiches mystérieuses dans Paris, d’une tour Eiffel bien éclairée et d’un message diffusé le jour de son anniversaire pour que neuf millions de personnes cherchent leur carte bancaire.
Le 30 mars, Céline Dion annonce sur France 2 son grand retour sur scène, après six années sans concert. Prévue sur dix dates, sa résidence à la Plenitude Arena passe à seize concerts, puis à dix supplémentaires en mai 2027. Au total : 26 concerts.
Plus que des concerts, il s’agit de raconter une renaissance. Depuis la révélation, en 2022, de son syndrome de la personne raide, chaque apparition est scrutée comme un bulletin de santé international. Son interprétation de L’Hymne à l’amour lors des Jeux olympiques de Paris 2024 constituait le premier chapitre. Céline était revenue pour une chanson ; elle revient désormais pour rester.
Dès avril, 84 % des Français ont été touchés par la campagne. Avant même d’avoir chanté une note, Céline Dion avait remporté la bataille de l’opinion.
Neuf millions de fans, quelques centaines de milliers de fauteuils
Plus de neuf millions de personnes s’inscrivent aux préventes et 480 000 billets sont vendus en quatre jours, entre 89,50 et 298,50 euros.
L’accès étant soumis à un tirage au sort, il ne suffit plus d’avoir les moyens d’acheter une place : il faut gagner le droit d’essayer de la payer.
Les titulaires de cartes Visa haut de gamme bénéficient toutefois d’un accès prioritaire. Devant Céline Dion, nous sommes tous égaux, mais certains ont une meilleure carte bancaire.
Les concours entretiennent la pénurie. Puisque tout le monde ne peut pas acheter son billet, chacun peut rêver de le gagner. Sur le marché de la revente, certaines places atteignent 2 990 euros. À ce prix-là, on espère qu’elles sont accompagnées d’un reçu fiscal et que Pour que tu m’aimes encore nous est directement adressé.
Le Royal Monceau, deuxième scène de la résidence
Le 28 août, Céline Dion rejoint le Royal Monceau, dont les abords deviennent une scène parallèle. La chanteuse sort, salue, danse et alimente aussitôt chaînes d’information, sites people et réseaux sociaux.
La mécanique est précise : pas de longue interview, mais des apparitions assez rares pour rester précieuses et assez fréquentes pour maintenir l’attention. Céline Dion demeure inaccessible, sans jamais paraître lointaine.
Quand la mairie organise un karaoké, la promotion devient politique publique
La veille du premier concert, la Ville de Paris organise un karaoké géant place de la Bataille-de-Stalingrad. Plus de 10 000 personnes reprennent les succès de Céline Dion.
En son absence, Emmanuel Grégoire célèbre une « artiste du peuple ».
Le choix est habile : la municipalité organise la communion plutôt que de la commenter. Céline Dion fournit le patrimoine populaire ; l’Hôtel de Ville assure la scénographie républicaine.
Le lendemain, Emmanuel Grégoire, Édouard Philippe et Gabriel Attal assistent au concert. Céline Dion devient un symbole consensuel de résilience et de rassemblement : un capital politique rare, puisqu’il remplit une salle sans se soucier d’alliance électorale.
Michelle Obama, Oprah Winfrey, Thomas Pesquet, Pascal Praud, Shania Twain et Michel Drucker sont également présents. Un parterre assez éclectique pour donner l’impression que le G7, la Fashion Week et Vivement dimanche avaient réservé la même soirée.
Un premier concert, cinq maisons et plus de 500 carats
Le 12 septembre, Céline Dion retrouve la scène devant environ 30 000 personnes. Elle ouvre avec On ne change pas.
Son retour devient aussi un sommet informel du luxe français. Elle porte cinq silhouettes signées Dior, Schiaparelli, Alaïa, Tom Ford et Givenchy, ainsi que plus de 500 carats de bijoux Boucheron. Son collier, serti d’un diamant central de 10,1 carats, a nécessité 1 107 heures de travail.
Céline Dion aura donc porté pendant quelques chansons un bijou auquel quelqu’un a consacré davantage de temps que la plupart d’entre nous à leur projet professionnel.
Les photographies circulent mondialement et placent ces maisons au cœur du récit de la renaissance. C’est toute la force de la campagne : offrir un angle à chacun. Le retour artistique pour la presse culturelle, la résilience pour les médias généralistes, les silhouettes pour la mode, les invités pour la presse people, jusqu’à 800 millions d’euros de retombées potentielles pour les pages économiques.
Céline Dion ne change donc pas seulement de robe : elle change de rubrique. Sans jamais quitter la une.
La voix, les larmes et l’inévitable commission d’enquête sur le playback
La presse salue sa performance, malgré certaines chansons transposées. Sur les réseaux sociaux, quelques internautes soupçonnent néanmoins du playback, tandis que les journalistes qui évoquent cette hypothèse s’attirent les foudres des fans.
La critique nourrit pourtant la campagne : les extraits sont ralentis, comparés et expertisés, comme si la nation devait rendre son rapport sur les cordes vocales de Céline Dion.
Ce qu’on en retient
La réussite de la campagne repose sur une remarquable gestion du temps : en mars, le mystère et l’annonce ; en avril, les préventes ; pendant l’été, les dates supplémentaires et les concours ; à la rentrée, les apparitions devant l’hôtel ; enfin, le karaoké, les célébrités, la haute couture et le procès en playback.
Chaque fois que l’attention menace de retomber, un nouvel épisode commence.
Céline Dion n’a donc pas seulement vendu des concerts. Elle a vendu six mois d’attente, des signes de la main devant un palace, une communion municipale et cinq maisons de couture.
Le concert a commencé le 12 septembre, mais la campagne joue déjà les prolongations jusqu’en mai 2027.
Son cœur continuera peut-être toujours, My Heart Will Go On, comme elle dirait. Son plan de communication aussi.
Qu'aurait dit Cléopâtre ?
La réalisation du mois
PPL 3106 : L'ART DU CHEF D'ORCHESTRE
Déposée le 11 août 2026, la proposition de loi n° 3106 entend apporter une réponse intégrale aux violences sexuelles et sexistes commises contre les femmes et les enfants. Le texte ratisse large (justice, santé, éducation, numérique, protection de l’enfance) et consacre un volet entier au monde du travail : prévention, formation, signalement, traitement des faits.
Nous suivons ce fil depuis les premières réformes sur le harcèlement au travail et nous avions déjà décortiqué les textes de décembre 2025 sur les enquêtes internes. Nos clients, experts des ressources humaines, chacun dans son couloir de nage, y travaillaient de leur côté : Voltaire Avocats sur le droit, Qualisocial sur la mesure et la formation, Egidio sur les enquêtes internes et la conformité. Quand l’opportunité est arrivée, il ne restait qu’à faire jouer l’orchestre.
C’est là que notre métier de RP change de nature. Un chef d’orchestre ne joue pas à la place des musiciens : il sait qui entre quand, à quel volume et pourquoi les cuivres ne doivent pas couvrir les vents. Face aux médias, c’est notre travail : donner à chaque client le tempo et le registre qui lui reviennent, pour qu’aucune prise de parole n’en éteigne une autre.
On a démarré le 16 septembre, avec Voltaire Avocats autour d’un briefing presse pour décrypter les dispositions de la PPL relatives au travail. Le 1er octobre, Qualisocial présentera, avec Avosial, un baromètre sur le harcèlement au travail. Avec Egidio, nous interrogeons l’enquête interne. Pour Gilles Riou (Egidio), elle ne doit pas devenir un réflexe administratif déclenché par conformité : mal préparée ou menée trop vite, elle nourrit précisément le sentiment d’injustice qu’elle prétend réparer.
Et il arrive que le chef d’orchestre prenne son archet. La communication qui entoure une enquête interne, quand l’entreprise continue de vivre et que les journalistes appellent, c’est notre solo de violon. Il ne s’improvise pas : c’est l’aboutissement de notre expertise en communication sociale sensible, posée noir sur blanc dans notre livre blanc de mai 2026, « Enquêtes internes : comment communiquer sans aggraver la crise ? » que nous présenterons à un parterre de préventeurs RH, le 6 octobre dans le cadre de l’événement Preventica à Lyon.
Envie d’entendre l’orchestre ? Vous pouvez demander à recevoir le livre blanc en contactant marie@ozinfos.com.
Nous n’avons pas déposé la PPL 3106, nos pouvoirs s’arrêtent aux portes du Palais-Bourbon. Mais quand le sujet est arrivé, chaque instrument était accordé.
Nos suggestions pour les curieux
La course à l'Élysée,
Thierry Saussez
Quatre cents campagnes plus tard, un de nos premiers spin doctor connaît la seule vérité qui vaille : la présidentielle se joue avant d’être déclarée. L’ouvrage met au jour la mécanique, candidatures en embuscade, silences calculés, l’étonnant Lecornu. Pour quiconque travaille la parole publique : un cours de géométrie politique, version coulisses.
En campagne,
Série documentaire, France Culture
Une directrice d’ONG propulsée ministre : sur le papier, le réel entre au gouvernement. En pratique, c’est souvent la communication qui gouverne le réel. Sous contrôle réussit une satire très française : montrer comment l’humanitaire se cogne aux éléments de langage, et comment le bon sens sort rarement vainqueur des cellules de crise. Sous contrôle