Billet d'humeur
ET QUENTIN A TUÉ EPSTEIN, PROVISOIREMENT
Février 2026 n’a pas seulement accéléré l’actualité. Il en a révélé la mécanique.
D’un côté, une affaire tentaculaire, les « Epstein Files » : des millions de pages, du temps long, des ramifications, de quoi nourrir des semaines d’analyse… mais rien qui se raconte en une phrase.
De l’autre, un fait brutal, localisé, immédiat : l’assassinat de Quentin Deranque à Lyon. Une scène, une émotion, un point de bascule.
Et le choix se fait presque tout seul, le premier sujet exige du temps, de la nuance, du conditionnel. Le second impose du direct, du commentaire, du positionnement.
Ce n’est pas une concurrence. C’est une loi d’attraction.
Plus un événement est réductible à une image, plus il s’impose. Plus il nécessite du contexte, plus il s’efface — provisoirement. Car rien ne disparaît vraiment. Les « grandes affaires » ne meurent pas. Elles sédimentent. Elles attendent leur moment de résurgence : une révélation, une fuite, une audience. Puis elles remontent, intactes, comme si rien ne s’était passé. Entre-temps, elles vivent là où peu regardent : dans le bruit de fond.
La vraie question n’est donc pas « pourquoi ça disparaît ? »
Mais : qu’est-ce qui fait remonter un sujet à la surface, et quand ?
La campagne marquante
POP POLITIQUE OU MIMÉTISME MAÎTRISÉ ? LE COUP DE COM’ KNAFO
C’est l’une des séquences les plus visibles du début de campagne municipale à Paris : Sarah Knafo impose une identité visuelle immédiatement repérable (jaune signal, branding simple, formats courts), dans un registre qui tranche avec les codes plus institutionnels de la droite parisienne. La proximité avec l’univers graphique (couleurs, typographie, logique de marque) de Zohran Mamdani, le maire démocrate de New York, a d’ailleurs été rapidement relevée dans la presse.
Le point fort de la séquence est là : la campagne est conçue pour être reconnue avant d’être discutée. Et, sur ce terrain, elle imprime. TF1 Info, citant l’outil de veille Visibrain, évoque près de 4 millions de vues sur TikTok en janvier pour Sarah Knafo, un niveau de visibilité notable pour un scrutin municipal.
La séquence Koxie, mettant en scène la candidate et l’ex pop-star des années 2000 cheminant dans Paris sur un scooter cheveux au vent, en référence au clip, remet au centre une dimension souvent sous-estimée en politique locale : la culture pop comme accélérateur de circulation. Le choix est habile en format court : capital de notoriété, ressort nostalgique, image immédiatement « lisible » dans les flux (la vidéo de campagne reprend d’ailleurs le titre Garçon en fond sonore).
La mécanique vidéo elle-même s’inscrit dans un langage plus large, désormais bien installé : des séquences « très regardables », plus incarnées que programmatiques, pensées pour vivre en ligne. Initié par le candidat Donald Trump mis en scène dans un McDonald’s, on l’a vu aussi à Paris avec Rachida Dati en éboueuse en novembre dernier. Sa vidéo vue plus de 5 millions de fois et largement parodiée, renforçant son audience.
Au fond, ce qu’il faut retenir de cette séquence de « compol », c’est qu’elle combine plusieurs registres à la fois : mimétisme visuel totalement assumé, popification des formats, saturation vidéo… mais il y a débat sur les conditions de visibilité elles-mêmes.
En effet si Knafo publie 4,5 fois plus de vidéos que Dati en janvier-février 2026, la question de l’amplification se pose. Selon l’étude du cabinet Arago elle bénéficierait par l’algorithme d’une exposition environ 3 fois supérieure à l’audience organique avec, en janvier, un écart de vues vidéo entre Knafo (17,5 millions) et Dati (1,8 million) pour une campagne locale s’adressant à un peu plus de 2 millions d’électeurs ! Une partie de l’attention qu’elle reçoit tient sans doute à l’incertitude savamment entretenue autour d’une potentielle candidature présidentielle qui alimente vraisemblablement la curiosité et la circulation nationale de ses contenus. Selon cette même étude, X (ex twitter) aurait fait bénéficier à Sarah Knafo d’un équivalent en espace publicitaire de plusieurs dizaines de milliers d’euros en janvier 2026, moment de son lancement de campagne. Le Point rappelle qu’elle est passée de 4 % avant sa déclaration de candidature (7 janvier 2026) à 12 % dans un sondage Harris Interactive (10 février 2026), score qui lui ouvrirait les portes du second tour des municipales.
Sa trajectoire différera-t-elle de celle d’Éric Zemmour, qui avait connu une forte dynamique dans les sondages avant de retomber nettement au premier tour de la présidentielle de 2022 ?
Qu'aurait dit Cléopâtre ?
En communication, tout est question de profil !
La campagne marquante
REMETTRE EN TENSION UN SUJET QUE TOUT LE MONDE CROIT CONNAÎTRE
Un baromètre de plus sur la santé mentale ?
C’est précisément là que le risque commence.
3ème édition du baromètre Santé mentale & QVCT de Qualisocial.
Un terrain balisé. Une actualité saturée. Des résultats en amélioration, donc, en apparence, moins “accrocheurs”.
Autrement dit : tout ce qu’il faut pour passer sous le radar.
Notre conviction : l’information ne disparaît pas parce qu’elle est jugée faible, mais parce qu’elle n’est pas mise en tension.
Du coup, notre enjeu n’était pas de publier des données, mais de recréer un point de friction, un angle, une lecture.
Notre approche : transformer un baromètre en sujet.
- Identifier la ligne de tension : ce qui dérange, ce qui interroge, ce qui oblige à arbitrer
- Installer un récit éditorial, pas un inventaire de chiffres
- Positionner une exclusivité comme point d’entrée pour fixer l’agenda
- Activer en amont pour créer une dynamique avant le “jour J”
- Concevoir la conférence de presse comme un moment de bascule, pas comme une restitution
Résultat : une séquence maîtrisée, pas un one shot.
- Une exclusivité dans un média économique de référence
- Une dépêche d’agence pour structurer la reprise
- Des prises de parole audiovisuelles pour incarner
- Une présence dans les médias RH, entreprise, management, là où le débat se construit
- +70 retombées sur la séquence pour un effet de halo et d’autres à venir.
Ce qu’on retient : quand un sujet est installé, la bataille ne se joue plus sur l’information, mais sur l’angle.
Dans un monde saturé de sollicitations, la différence ne tient pas à ce que vous dites, mais à la manière dont vous créez les conditions pour capter l’attention.
Nos suggestions pour les curieux
Je suis Romane Monnier, suit Thomas, un quadragénaire déboussolé, entraîné par un téléphone « tombé » dans ses mains dans une enquête numérique qui révèle tout ce que nous livrons à nos smartphones. Fabrication du récit, zones grises de l’image, pouvoir des mots sur la perception… une lecture fine et malicieuse, parfaite pour celles et ceux qui savent qu’en communication la vérité compte, mais que la manière de la raconter change souvent tout.
Astrid de Villaines dans l’invité des matins, du 25/2 nous a proposé une conversation avec Mazarine Pingeot et Delphine de Vigan. Deux autrices, une même alerte. L’enjeu n’est pas la technologie, mais ce qu’elle nous fait perdre : l’intimité, le libre arbitre, et une part de notre humanité. Delphine de Vigan, dans Je suis Romane Monnier, propose une enquête numérique qui révèle tout ce que nous livrons à nos smartphones. Mazarine Pingeot, dans Inappropriable, interroge la colonisation de nos vies privées comme politiques par les algorithmes.